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 D'un rêve éveillé - Asling

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Vieux de la vieille
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Messages : 98
Date d'inscription : 09/01/2012
Compte principal : Ein Langley

Essences vitales
Âge: 1500 ans
Rôle: Prince de l'Asie

MessageSujet: D'un rêve éveillé - Asling   Lun 9 Jan - 15:53

Nom : Aucun aujourd'hui
(il a eu porté celui de Thorn)
Prénom : Asling
(Il en a porté beaucoup, mais a choisi celui-ci à son éveil dans les terres d'Irlande)
Surnom : /
Âge :
- Réel :1 500 ans environ, mais très nombreux sont ceux qui le croient vieux de 500 ans seulement (date de son dernier réveil) et il se garderait bien de les contredire.
- Apparent: : la cinquantaine
Sexe : Homme
Race : Vampire
Rang, emploi ou fonction : Prince de l'Asie
Opinions politiques : S'il a pu par le passé soutenir Vasteval avec force, il se détache de plus en plus des jeux de pouvoir dont il n'a jamais été friand. Pour l'instant il se contente de suivre les directives de l'empereur.
Blason, couleurs, emblème : Il ne possède rien de tel, mais l'objet qui pourrait le définir le mieux serait ce siège de bois qu'il a laissé quelque part en Irlande au fond d'un tunnel obscur, à son réveil.



Physique :
Il n'est pas beau. Non, on ne peut pas dire ça. En tout cas au premier abord, car pour l'avoir observé de près, je peux vous dire qu'il possède une certaine force, dans ses traits, qui le rend presque beau. Lorsque je l'ai connu, il était déjà relativement âgé. Il me disait que sa mère lui rabâchait les oreilles en lui disant combien elle le trouvait magnifique, tout jeune qu'il était alors. Mais moi je ne connais son visage que marqué par les rides et le temps. "Maria, ma petite Maria", m'a-t-il dit un jour "si tu m'a vu ainsi, alors tu as vu tout ce que je suis". Il ne semble pas subir son âge comme le font généralement les hommes, une fois leurs quarante premières années passées. Il s'amuse des fines rides qui sillonnent son front et plissent le coin de ses yeux, les arborant comme autant de trophées. Sa mâchoire bien marquée, ses pommettes carrées, son nez droit aux arrêtes sèches, ses lèvres fines, ils s'en amuse comme si vieillir était pour lui un jeu.

Il laisse s'établir un semblant de barbe sur son visage, et cela marque plus encore son âge, par les poils grisonnants qui poussent alors. Ses cheveux, de même, prennent une teinte claire, de neige et de cendre, alors qu'ils avaient été si sombres et ondulés dans sa jeunesse, me souffla-t-il une nuit. Car ce n'est que de nuit qu'il vient me voir, et même lorsque je lui apprends à lire, c'est à la lueur des bougies que nous dévorons les mots des parchemins. Mais dans son visage, il existe quelque chose qui plus encore me fascine, m'attire et me dégoute de concert. Il s'agit de la large cicatrice qui parcourt son visage, depuis le front jusqu'à la joue gauche et traverse l'œil d'une trainée rouge. Lui même ne semble pas y prêter la moindre attention et son handicap ne le dérange nullement. Pourtant cet œil entièrement blanc me fait frissonner, lorsque je me perd trop longtemps dans sa contemplation. Il me laisse l'observer sans rien dire, et je le soupçonne même de s'amuser de cette attention que je lui porte, sans trouver cela aucunement malsain. Mais tout de même, cet œil… Qu'il est étrange…

Je me sens à l'aise, à ses cotés. Dès notre première rencontre il m'a paru avenant, de par sa carrure modeste et son air serein. Jamais il n'est violent, ou ne serait-ce que colérique. Ronchon, ça oui, mais toujours calme. Tout, dans sa façon de se mouvoir à sa physionomie semble adapté à son caractère posé. Je le soupçonne d'ailleurs d'y veiller attentivement. Car il a un petit coté théâtral dans son apparence, comme s'il jouait un personnage fictif sous les traits duquel il se défini. Même dans ses vêtements, il se contente de tuniques très simples et banales, préférant se fondre dans la masse plutôt que de se faire remarquer frontalement. Depuis longtemps déjà il semble jouer de son apparence autant que de son comportement. Mais je me demande s'il a été autre, si son jeu d'acteur ne s'est pas modifié au fil des ans. Car qui pourrait poursuivre ainsi, à jouer de l'existence comme il le fait avec tant d'adresse? Parfois je doute, cependant. Son personnage semble si réel… Il m'a fallu du temps pour que cette idée ne me vienne, mais il semble s'être fondu avec le personnage qu'il incarne pour ne faire plus qu'un avec lui, et que ne disparaissent les limites entre ce qu'il fut et ce qu'il est devenu.


Psychologie :
Vous savez, il n'a jamais été un garçon très facile à vivre. Il est tout à la fois très irritant et profondément attachant. Il faut dire qu'il a un don pour aborder les gens, pour nouer des liens dès la première rencontre. Il est calme, souriant, ouvert et d'un curiosité modérée qui le fait s'intéresser à vous avec une politesse toute naturelle. Mais ça, c'est le Nayden qui se lève de bonne humeur, que je vous décris. Nous avons passé de nombreuses années ensemble, et je peux vous dire qu'il n'est pas que crème et sucre. Il est aussi grincheux qu'un vieil enquiquineur et ne se lasse jamais de vous répéter combien il fait froid, dès lors qu'il aperçoit un manteau de neige quelque peu épais, ou sent dans sa nuque un vent légèrement frisquet. Mais il faut dire qu'il vient du Sud, et il ne se cache pas de préférer la chaleur d'un bon feu aux glaciales nuits des montagnes. Pourtant, nous sommes restés de nombreuses années dans ces contrées enneigées auxquelles il se disait incapable de s'habituer.

Il n'aime pas voyager à cheval, non plus. Alors imaginez le temps que nous mettions, à pied, pour traverser les cols et rejoindre chaque nouveau village. Mais une fois qu'il arrivait à destination, il semblait rayonner de se trouver en compagnie de nouvelles têtes. Il faut dire qu'il aime vraiment tisser des liens avec les mortels, plus qu'avec ces immortels qu'il n'aime ni ne déteste réellement, mais auxquels il préfère généralement la compagnie des humains. Cela me semble assez étrange, d'ailleurs. Mais tout dans son comportement s'accommode pour un style de vie qui lui permet de les côtoyer à son gré. Tout d'abord, son régime alimentaire se compose essentiellement d'animaux. Sa mère lui aura donné cette habitude avant même que je ne le rencontre, et personnellement, je n'ai jamais pu me résoudre à boire les bêtes comme lui le fait. Les hommes, il n'en mord que périodiquement, pour des questions évidentes de santé. Il n'aime pas non plus se battre, ni faire démonstration de sa force et plus d'une fois il s'est contenté de se dissimuler dans mon dos pour que je lui sauve la mise, face à quelque adversaire qui cherchait à en découdre.

Finalement, ma non-vie s'est terminée avant la sienne, et il m'a survécu. Je suis heureux qu'il se soit battu à mes cotés, cette ultime nuit, malgré sa répugnance habituelle à la violence. Mais voilà, je l'ai laissé poursuivre son chemin et le monde changera autour de lui… Mais je peux déjà supposer qu'il va l'aimer, autant qu'il le détestera. Tous ces êtres qui se haïssent, qui se tournent vers la guerre et le pouvoir, toutes ces passions déchaînées vont le submerger. Il faudra qu'il apprenne à nager avec le courant, sans quoi il retournera à la terre, comme je l'ai fait moi-même. Mais je ne m'inquiète pas réellement pour lui. Il saura survivre… Ou fuir, en cas de besoin! Quant à dire si tout cela est pour le mieux, seul l'avenir pourra le dire.


Arme(s) : Il ne possède pas d'arme à proprement parler, mais sa force régénératrice est extrêmement puissante, même comparé à un immortel d'âge semblable au sien. Très peu nombreux sont ceux qui connaissent ce détail, cependant. Il faut dire qu'un être aussi âgé et possédant un sang si fort devrait rapidement se transformer en cible à abattre, si l'information venait à se répandre…

Ce que vous avez sur vous : Des vêtements de voyageurs, la plupart du temps, et de facture très humble. Il n'a jamais été friand d'étoffes délicates et de dorures, à tel point qu'il n'est pas rare qu'on refuse de le croire lorsqu'il annonce son rang dans la société vampirique.

Ce que vous savez des autres personnages : Il peut être d'un naturel tout à fait avenant avec n'importe quel bipède, du moment que celui-ci possède une durée de vie limitée. Il adore la compagnie des mortels, et son comportement se modifie tout à fait lorsqu'il côtoie ses semblables. Il sera d'un naturel beaucoup plus froid et distant, voire désagréable avec ses pairs. Quant aux loups, s'il connait leurs mœurs et coutumes, il ne les fréquente pas très régulièrement.


Histoire :


D'un monde…


"Je ne me souviens plus vraiment de cette première partie de ma vie… Elle est si lointaine, si étrangement floue et mes souvenirs si contradictoires que je m'y perds."

Le vieil homme sourit d'un air amusé. Ses doigts noueux étaient entrelacés sur ses genoux, et ils ne bougeaient pas d'un millimètre. Confortablement assis dans son siège, il inspira lentement comme pour emplir ses narines de la puanteur qui régnait dans ces bas fonds. Il semblait s'en amuser, son sourire s'étendant aussi bien sur ses lèvres que plissant ses yeux sous une multitude de fines rides. Personne ne lui répondit. Personne n'était là pour lui répondre. Les seuls êtres ayant eu autrefois une vie dans ces parages étaient à présent disséminés sur le sol, autour de lui, en petits monticules de poils bruns à queues fines. Ces rats-là n'apporteraient plus de maladie nulle part, à présent. Son siège était de bois sombre, très simple mais qui aurait pu paraître onéreux s'il n'était pas entièrement troué, lacéré, mangé par les mites et les années. Lorsqu'il s'y était assit, un lourd nuage de fumée grisâtre s'en était échappé, et il avait toussé longtemps, avant qu'il ne disparaisse. Pourtant, il n'avait pas quitté son trône pour autant, trop heureux de le retrouver en 'si bon état'.

"Je me rappelle des longs chemins dans la montagne. De la sécheresse, de la soif. Je me rappelle aussi de violentes pluies qui nous trempaient jusqu'aux os, de telle sorte qu'on se croyait fondre sous les gouttes."

Sa voix était rauque, cassée, il butait sur les mots. Il s'agissait là des premières paroles qu'il prononçait depuis son réveil et, comme à chaque fois, il devait forcer pour qu'elle revienne. Le sang de petits mammifères ne suffisait jamais qu'à le maintenir en vie et lui permettre de se mouvoir, pas à le guérir entièrement de l'état dans lequel il s'était mis. Il s'enfonça plus encore dans son siège, fixant dans le noir total un point immatériel devant lui. Tout ici sentait la moisissure et la mort. Pourtant, lui était encore en vie… Ou presque.

"Ah, et il y avait le Maître. Il y avait aussi un Maître, au dessus du Maître. Mais on ne le voyait jamais, celui-ci. Il habitait la ville, comme tout bon citoyen. Quant à nous, en campagne, on partait se promener, la nuit, après la journée de travail, et on se perdait dans les champs de blé. Les épis étaient tous bien plus grands que nous, et il était difficile, après, de trouver le chemin du retour."

Il fronça les sourcils un instant, avant de s'étendre en un long soupir désespéré. Chaque sommeil lui faisait perdre un peu plus la mémoire. Alors au réveil, il se racontait sa propre histoire, comme s'il s'agissait-là de celle d'un parfait inconnu. Il réapprenait les leçons de sa propre existence, courant après ses souvenirs enfuis sans jamais pouvoir les rattraper. Il ne se souvenait plus des noms, des visages. En ces temps, il s'appelait Hélios. Son Maître, en tout cas, l'avait nommé ainsi.

"Les romains faisaient frémir nos villes. On entendait dire qu'ils gagnaient en puissance, et qu'ils seraient bientôt sur nous... Mais à la campagne, on ne voyait pas assez de monde pour se rendre compte de grand-chose. Les terres n'étaient pas très fertiles, et on peinait assez dans les champs pour ne pas avoir à s'occuper de ces choses. Déméter veillait sur les moissons, et rien ne comptait plus que cela."

Des fourmillements parcouraient tous ses muscles endoloris. Eux aussi se réveillaient à présent, fouettés du sang neuf qui coulait dans ses veines. Mais ses articulations lui faisaient mal. Son corps entier lui semblait trop lourd, ramassé dans le large siège à dossier incliné. Il sentait sur son visage chacun de ses traits se tirer, lorsqu'il prononçait un mot. Ses doigts, il les voyait dans l'obscurité, se teintaient de taches brunes et les veines bleues saillaient fortement. Sa tête était lourde, et ses cheveux se raréfiaient sur le sommet de son crâne. En un mot, il était vieux. Son sourire s'élargit plus encore qu'auparavant. Il était vieux, et il aimait ça.

"Je crois que c'est à cette époque, que j'ai changé de vie… Et de régime alimentaire. Durant quelques mois, après son retour d'un séjour à la ville, la maîtresses s'était sentie faible, et incapable de se lever durant la journée. La nuit, l'insomnie la prenait, et elle errait dans le domaine en véritable fantôme. Je ne sais comment elle-même fut changée, mais elle était à présent seule, perdue et, je pouvais le lire dans ses yeux, profondément triste. Le maître ne semblait pas comprendre plus que nous ce dont il retournait… Mais je l'aimais tant, notre maîtresse. J'aurais tout fait, pour qu'elle reprenne vie. J'ignorais alors que mes espérances étaient bien vaines. Tentez donc de faire renaître un cadavre, qui déjà se meut parmi les vivants. Vous seriez bien en peine d'y parvenir."

Il se dandina dans son siège, et croisa les jambes avec une lenteur irréelle. Ses doigts se dénouèrent et il passa une main sur ses lèvres. La faim le tenait toujours, mais il la supportait avec la patience d'un ange… Tout démon qu'il était. Il se pencha légèrement dans l'obscurité, en direction de son interlocuteur invisible, alors que ses souvenirs refaisaient surface.

"Cela me rappelle mon dernier sommeil. Ah! C'était amusant. J'avais pénétré un groupe religieux particulièrement reculé dans les montagnes, et les avait persuadé que ma personne immortelle n'était autre qu'une incarnation divine… Et durant tout le temps de mon sommeil, ils m'envoyaient régulièrement des sacrifices pour mon casse-croûte! Je n'aurais jamais cru que c'allait marcher si longtemps. Et pourtant, ce dernier somme a duré quoi… Cinquante ans?"

Il semblait tout à fait amusé de se replonger dans ses souvenirs. Ses petits 'sommes', comme il les appelait, restaient relativement fréquents. Lorsqu'il ne supportait plus de vivre dans le monde en place, dans la société d'une époque, il partait se réfugier en quelque endroit reculé et passait là le plus clair de son temps, yeux clos, à attendre que les ans ne passent. Tous les quelques jours cependant, il était obligé de partir en chasse. Son corps s'éveillait, par instinct, et l'esprit encore embrumé dans un demi sommeil, il sortait chercher une proie. Le sang humain ne coulait pas à flots, durant ces périodes. Mais il se contentait de bien peu, sa torpeur ne lui demandant aucun effort.

"Mais je me perd dans mes souvenirs. Je devrais les conter dans l'ordre, afin de ne rien oublier… Je sais que j'oublie. C'est indéniable… Enfin, revenons-en à notre chère maîtresse. Je ne me souviens pas de ses traits. Seulement son regard lointain, et le rayonnement de son visage, lorsqu'elle me changea. Elle n'était plus seule. C'est sans doute ce qu'elle se disait, à ce moment. Son nom m'échappe, désormais. C'est monstrueux, je le sais, d'oublier le nom même de sa mère. Et pourtant… Les choses s'effacent, et je n'arrive pas à les réécrire à temps."

Il était heureux d'avoir récupéré ce siège, avant de tomber en sommeil. Le retrouver ici était délicieux. Quelque chose l'avait attendu tout ce temps. Il s'agissait certainement là de la seule chose qui lui était à présent connue en ce monde. Le vieux siège de bois sombre. Il s'en souviendrait, de celui-ci. Son esprit se dispersa, oubliant ses pensées immédiates, et il se demanda comment les choses avaient évoluées, au dehors. Si les années avaient entièrement modifié les hommes et le monde, ou s'ils étaient toujours semblables à ce qu'il avait connu. Il espérait le changement, le mouvement, l'évolution. Il ne voulait pas du monde dans lequel il s'était endormi.

"Il faut dire que nous ne restâmes pas ensemble très longtemps, ma mère et moi. Peut-être vingt ans? Je n'ai plus la notion du temps, semble-t-il. Notre départ de Grèce avait été longuement réfléchi, calculé. Et la mort du maître nous donna l'opportunité qu'il nous fallait. Mais nous ne savions rien de nous, ni de ceux qui errent dans la nuit à la recherche du sang. Au cours de notre périple, les animaux suffisaient à sous sustenter, en général. Ils étaient bien plus faciles à saigner que nos anciens frères. Pourtant il nous fallait des hommes, de temps à autres, afin d'épancher véritablement notre soif. Je crois que c'est avec elle, que j'ai pris cette habitude des animaux."

Il jeta un regard autour de lui, sur les petits rats parsemant le sol. Jamais il n'avait réellement cessé de s'en prendre aux animaux. L'homme était un met particulier qu'il fallait apprécier à sa juste valeur car lui seul semblait être le gardien de leur jeunesse. Or la beauté de son visage adolescent, il n'en avait jamais voulu. La maîtresse lui serinait qu'il était beau, qu'il était merveilleux. Mais plus les années passaient, plus le sentiment d'impuissance fut grand face à ce visage qui restait imperturbable face au temps. Il n'avait pas l'intention de rester un jeune garçon à tout jamais. Il voulait grandir, puis vieillir, et enfin mourir. Et de cela, sa nouvelle mère l'en avait privé.

"La séparation a été assez orageuse, entre elle et moi. Nos… Avis divergeaient, dirons-nous, sur la question de notre immortelle jeunesse. A la suite de longues disputes enflammées à ce sujet, elle me quittait pour retourner en Grèce, sur la terre qui l'avait vu naître. Quant à moi, je ne connaissais pas le territoire de ma naissance. Alors j'ai poursuivi ma route, tout simplement, sans savoir véritablement où elle allait me mener."

Il sembla soudain se rappeler quelque chose, qui l'ébranla d'un rire incontrôlable. Il était tellement habitué à cela, qu'il avait même oublié de l'inclure dans son histoire. Aujourd'hui encore, la marque était là. Elle barrait son visage et traversait l'œil gauche jusque sur sa joue. Mais personne n'était en face de lui pour l'observer, et lui renvoyer cette image de lui dans l'obscurité.

"Mon œil. Je crois l'avoir perdu enfant, peut-être dans une bagarre. Ce qui est étrange, car je ne me rappelle pas avoir beaucoup bagarré. Ma renaissance ne me l'a pas rendu pour autant. D'ailleurs, je ne comprends toujours pas comment la maîtresse pouvait me trouver si beau, avec cette horreur qui me barre le visage."

Il fit claquer sa langue contre son palais. Sa voix commençait à redevenir familière à son oreille, plus naturelle. Sa gorge ne lui faisait plus aussi mal et parler devenait plus agréable.

"C'est dans les terres blanches, que je découvrais mon véritable père. Celui qui m'a tant appris sur ma nature, et qui m'a guidé en ce monde. Le froid était une horreur, dans son pays, et le manteau blanc qui recouvrait tout me gelait les sangs. Les montagnes étaient belles, cependant, mais il m'a fallu du temps, pour m'habituer quelque peu à ces terres inhospitalières."

Il était remonté dans le grand Nord, puis s'était perdu vers les terres de l'Est, depuis qu'il voyageait seul. Il avait alors rencontré Alexandre Thorn, grand slave brun au regard perçant vêtu de peaux de bêtes. Voilà un nom dont il se souvenait, et qu'il n'était pas prêt d'oublier. Alex n'était pas plus originaire de ces terres qu'il l'était lui-même. Mais cela faisait si longtemps qu'il les parcourait qu'il s'y sentait chez lui. Alors il fit découvrir au jeune homme ces paysages merveilleux et ses montagnes blanches. Au cours de leurs aventures bicentenaires, Hélios s'était changé en Nayden. Nayden Thorn, puisqu'ils formaient désormais une famille.

"Nous avons traversé des mille et des mille de terres enneigées, tous deux. En parfois, lorsque nous étions fatigués, nous restions quelque temps dans de petits villages isolés. Le temps de quelques années, seulement. Puis nous repartions. La vie n'était pas facile, et jamais je ne m'habituais réellement au froid. Mon seul remède contre cela était le sang. Les mortels particulièrement étaient capables de réchauffer ma gorge assez longtemps pour que je ne ressente plus la morsure du froid. Ce père que je m'étais trouvé était tout à la fois colérique, passionné dans tout ce qu'il entreprenait, et rieur, aussi. Si rieur… Mais une fois encore, nous nous sommes séparés. Or cette fois-ci, ce fut légèrement plus… Brutal, comme divorce."

Il revoyait les montagnes enneigées, vierges de civilisation humaine. Et les petits villages, plus bas, regroupant quelques familles dans l'espoir de survivre dans le froid. Il se balançait doucement d'avant en arrière, dans son siège, faisant grincer le bois à chaque mouvement.

"Ca s'est passé durant une nuit d'encre. Nous nous étions établi dans un petit village tranquille, comme à notre habitude. Mais les tributs nomades étaient nombreuses à l'époque, et puissamment guerrières. Je ne su jamais quel était le nom de ce peuple exactement, mais il éradiqua tout le petit village en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Et l'on a beau y croire dur comme fer, nous sommes loin d'être immortels. Certainement cherchaient-ils là quelque nourriture ou du bétail, mais les villageois leur posaient moins de problèmes morts que vifs. Et nous deux étions, après tout, de simples habitants… Alex en égorgea tout de même un bon nombre avant qu'il ne soit submergé et jeté à terre, plus mort qu'il ne l'était auparavant. Moi? J'avais la bouche empoissée de sang humain lorsque je le vis tomber. J'avais pris mon courage à deux mains pour le soutenir dans ce combat, alors que je n'ai jamais été doué pour ces choses. Mais son corps sans vie me rappela que je n'avais aucune envie de le suivre dans cette dernière aventure. Ainsi, je préférais abandonner là le combat et m'enfuir le plus loin possible."

Il marqua un temps de silence. Il se berçait toujours sur son siège, de gestes réguliers et réconfortants. La panique qui l'avait submergé à ce moment revenait, vivace, à chaque fois qu'il se rappelait la scène. On n'avait cessé de lui seriner qu'il était un être supérieur, immortel et d'une puissance incomparable. Et pourtant, il s'était senti incroyablement seul, et faible, et perdu cette nuit-là. Alex était devenu son univers seul et entier durant ces années de neige. Et le froid n'avait jamais été aussi intense que lorsqu'il se mit à le ressentir seul. Là avait débuté son premier sommeil. Incapable de poursuivre sa route, il s'était tout bonnement réfugié dans les bras de la montagne, et avait laissé le sommeil le gagner. A son réveil, quelle surprise c'avait été lorsqu'il se rendit compte qu'il était… Vieux! Tout ce qu'on lui avait enseigné sur sa nature s'effritait petit à petit. Il avait senti une terreur, de même qu'une joie immense en palpant son visage de ses doigts fripés. Par la suite, un régime exclusivement humain sur quelques années l'avait bien remis d'aplomb, mais il persistait les traces indéniables de son vieillissement. De petites ridules s'étaient accrochées à ses lèvres et à ses yeux, et son regard borgne était devenu plus lourd, plus dur peut-être. Plus adulte, en tout cas.

"Une nouvelle vie a commencé. Dans un nouveau monde. J'ai traversé vers l'Est, pour abandonner derrière moi la neige et ses souvenirs glaciaux. Ce sont alors les tributs germaniques, que je rencontrais. Pour eux, j'étais Irwin. Changer de nom me plaisait particulièrement et me permettait de m'intégrer plus aisément à ce nouveau monde. Après mes années de sommeil, tout avait changé et je réapprenais tout. Les religions, particulièrement, étaient une notion que j'avais du mal à comprendre. Lorsque j'étais enfant, nous avions les dieux, tout autour de nous. Mais notre ferveur était toute naturelle. Pas d'offices barbants, de cérémonies durant des heures, et de prières quotidiennes. Ils étaient dans nos cœurs, et cela suffisait. Ce Christ, particulièrement, me semblait étrange. Ses fidèles étaient des pénitents, en perpétuelle recherche du pardon pour le seul péché d'être humain, me semblait-il. Mais après tout… Ils avaient bon fond, pour certains!"

Parmi ces nouveaux adeptes, il avait côtoyé nombre d'humains avec lesquels il s'était lié d'amitié. Il y avait Mike, s'il se souvenait bien, une vieille femme ronchonnante. Et Omer, un garçon adorable… Et de nombreux autre dont il ne se souvenait pas. Parfois, il se demandait s'il n'inventait pas tout cela, s'il s'agissait vraiment là de sa propre existence. Tout lui était si lointain, si vague. Seuls quelques instants ressortaient véritablement, comme la nuit où il avait perdu Alex. Et également cette autre nuit où…

"Oui. Oui c'est arrivé. Tout était horriblement rouge, le sol, le ciel. Même les odeurs étaient rouges, et les sons. J'ai failli mourir, ce soir-là. L'ennemi était invincible, inatteignable, et se levait à l'horizon alors que je restais pétrifié sur le champ de bataille. Tout était calme, d'un silence étourdissant. A genoux dans la terre et le sang, entouré de l'odeur de mort et des cadavres déchiquetés, je tenais un visage entre mes mains. Il y avait des larmes sur mes joues, et je hurlais. Pourtant je ne le connaissais pas, cet humain dont les restes se collaient à mes doigts. Mais je n'en pouvais plus. J'étais en train de devenir fou, je pense. En peu d'années, j'avais vu tant de peuples s'affronter, tant de masses passer au travers de têtes guerrières et les réduire en bouillie que je n'en pouvais plus. C'est à mourir de rire, non? Un vampire écœuré du sang! Mais ce n'était rien qu'un gâchis!"

Sa voix était raque, et l'on sentait y poindre un sentiment de rage. Il s'agissait d'un de ces moments dont il se rappelait le plus clairement. Il ne se souvenait plus des peuples qui étaient tombés alors, mais peu importait. Il n'y avait plus que sa folie, et les restes humains qu'il tenait contre lui.

"Finalement, le soleil brûlant ma peau m'a fait fuir. Encore, me direz-vous. Mais après tout, je suis encore là non? J'ai vaincu, j'ai survécu. Et je me suis endormi, encore une fois."

Cette fois-ci, le silence se fit plus long. Il laissa échapper un soupir agacé, et pianota de manière absente de ses doigts sur ses genoux croisés. Il en avait marre. Toutes ces histoires, toutes ces émotions le fatiguaient. Vraiment, il n'avait jamais été bien vaillant pour grand-chose, au final. Mais il considérait déjà le fait de rester en vie comme assez difficile pour ne pas se compliquer la tâche par une témérité inutile. Il bougonna quelque chose dans sa barbe inexistante et se tortilla dans son siège de bois.

"Après tout, que me sers le passé? J'y étais, je suis là. Que puis-je dire de plus? J'ai appris à lire, écrire et compter, avant de me rendormir une dernière fois. C'est la douce et aimante Maria, qui me l'a enseigné avec la patience d'un ange. J'ai aimé, j'ai détesté, j'ai tué, j'ai sauvé. Et puis? Je veux seulement voir ce nouveau monde, qui est là à m'attendre…"

Il se leva lourdement de son trône de bois et, entièrement voûté, suivit la courbe que prenait les murs de pierre humides. Chaque pas le trainait un peu plus vers la sortie, et le chemin était long, pour y parvenir. Il se retrouva enfin devant une énorme masse rocheuse obstruant le passage. A deux mains, il se porta en appui contre elle et celle-ci bougea, dans un ronflement profond se répercutant en écho dans la grotte. Un petit interstice, assez pour le laisser sortir, et il referma derrière lui l'antre de son dernier sommeil. Au dessus de lui s'étendait la voûte des arbres, et plus haut encore, la lune. Il ignorait tout de ce monde qu'il avait laissé, il l'apprendrait bientôt, durant près de deux cent ans. Il se réveillait du plus long de ses sommes, et il lui faudrait près d'un an et de nombreux êtres humains pour retrouver toutes ses forces, mais il y parviendrait, pour enfin se fondre réellement dans ce nouvel univers qui s'offrait à lui, depuis les terres qui portaient alors le nom d'Irlande.




Il était nu sous l'éclat blanchâtre de la nuit que seul l'un de ses yeux pouvait discerner. L'autre faisait écho au disque lunaire par sa teinte diaphane. Ses pas jusque là lourds et traînants se firent de velours, inaudibles alors même qu'il foulait les feuilles tombées au sol.
Il allait se mettre en chasse…




… à l'autre





Je connaissais les sociétés humaines. Je connaissais les mortels, et leurs vies. Durant mes longues années d'existence, les seuls êtres dont je ne savaient rien étaient en fait mes semblables. Les morts ne m'avaient jusque là jamais intéressés, mais voilà qu'une curiosité toute neuve m'avait animé. Ma mère, tout autant qu'Alex, était vampire elle aussi. Et j'avais appris à l'apprécier plus que tout. Alors il devait exister d'autres de mes pairs, avec lesquels je pourrait m'entendre. Il me fallut quelques années avant de pouvoir intégrer la grande cité de Vasteval. Et ce que j'y trouvais ne me plut qu'à moitié. La cité était animée, certes, mais il était rare de croiser, au détour d'un chemin, le moindre cœur qui batte. Pourtant, je persistais dans ma découverte de la ville, et bientôt j'y fus accepté comme n'importe quel autre mort. Mon besoin d'en découvrir toujours plus me poussa dans les méandres des jeux politiques de la cité, quelques deux cent ans après mon arrivée. Personne ne savait exactement d'où je venais, ni combien de temps s'était déroulé depuis mon éveil à la mort. On l'estimait, avec plus ou moins de précision, mais il est toujours difficile de déchiffrer un être ayant passé tant de temps en sommeil. Mes pairs vivaient constamment sans jamais dormir, à mon contraire. Il devait être impensable pour eux de mener une non-vie comme je l'avait fait jusqu'à maintenant, et je me gardais bien de leur expliquer le moindre détail de mes cycles passés.

De plus, mon apparence avait tendance à attirer l'attention, tout comme elle repoussait nombre d'immortels. Ma peau ridée, flétrie, mes cheveux poivre et sel et la barbe naissante de mon visage leur inspirait une évidente répulsion, ou bien une fascination incompréhensible. J'étais victime de malnutrition, ou d'affreuses tortures (ce qui expliquait aussi la balafre de mon œil), ou bien il s'agissait du signe d'une vie malsaine, selon la plupart de mes pairs. Je gardais souvent le silence quant à ce sujet, mais lorsque mon avis était mandé, j'usais de mon plus beau sourire pour expliquer que cette vieillesse n'était due qu'à ma propre volonté. Je voulais être ainsi. Quelques cent ans plus tard on m'acceptait enfin tel que j'étais (le temps fait des miracles, diraient certains) au sein de la Camarde, et le bruit commença à se répandre qu'il existait, dans la cité vampire, un vieil homme qui hantait les rues. Cependant le vieil homme était loin d'être un fantôme, et mon intérêt pour la société vampirique ne s'était pas changée en une entité éthérée non plus. Elle était toujours bien présente et je rencontrais progressivement les hautes figures qui régissaient la cité. A d'infimes occasions même, il me fut donné l'occasion de m'entretenir avec l'empereur. Mais cette vie commença à me lasser. Je me languissait de la compagnie des hommes.

Mes pérégrinations passées au sein des montagnes blanches de l'Est parvinrent aux plus hautes oreilles. Cinq cent ans s'étaient écoulés depuis mon réveil en Irlande et mon arrivé parmi mes pairs. Régulièrement pourtant, je retournais sur les terres de mon "enfance" mortelle ou parmi les peuples du Nord. Les montagnes soufflaient toujours le nom de Thorn, lorsque je les parcourais. Mais inévitablement je m'en retournais à Vasteval. Jamais je n'avais connu de foyer fixe aussi longtemps auparavant, et la cité des morts était devenue une sorte de vieille amie dont je connaissais la moindre ride, la moindre expression. La nouvelle tomba un jour, sans que je ne m'y attende véritablement. Ma position au sein de la Camarade s'était progressivement appuyée, durant toutes ses années, et l'on venait rarement me chercher noises. Or, un mort était mort. Ou plus précisément, un immortel ne se relèverait plus. Keiko Sagami. Je la connaissais vaguement pour être la gardienne des terres de l'Est que je parcourais fréquemment. Sa disparition restait un mystère pour les têtes pensantes de la cité. Une étrange rumeur laissait imaginer que de simples hommes avaient eu raison d'elle. Pourtant, l'immortelle devait avoir souffert ses sept siècles au moins, et était réputée pour sa prudence…

On voulait en savoir plus. A ma grande surprise, je fus nommé pour reprendre son poste et ma condition sociale fit un pas de géant. Mais je comprenais déjà les raisons de ma nomination. Quel vampire était capable de comprendre le cœur des hommes mieux que moi, et découvrir quels étaient ces bras armés qui brusquement avaient rétréci une ancienne immortelle d'un peu plus d'une tête?


Dernière édition par Asling le Lun 9 Jan - 17:10, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: D'un rêve éveillé - Asling   Lun 9 Jan - 16:48

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Vieillard sans attaches, fais que cette vie que tu mènes vaille les plus beaux de tes rêves.
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D'un rêve éveillé - Asling

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